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L'industrie opère sa mue pour redorer son blason

Publié par Pierre Lelièvre le - mis à jour à
L'industrie opère sa mue pour redorer son blason

Les PMI font face à une transformation profonde de leurs activités face au développement du digital et de l'enjeu environnemental. Une opportunité pour répondre aux challenges des industriels, mais aussi un défi d'image pour attirer de nouveaux candidats.

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Un genou à terre après la crise financière de 2008, l'industrie française relève doucement la tête. L'hécatombe terminée - le tissu industriel hexagonal a vu disparaître 605 usines en sept ans -, le secteur s'attaque à redevenir compétitif. Pour la première fois en dix ans, le nombre d'ouverture d'usines dépasse les fermetures de sites avec un solde positif à 25 en 2017.

"L'industrie va mieux. Depuis 2017, les créations d'entreprises progressent et le solde de création d'emplois est positif avec plus de 5 000 nouveaux postes", fait savoir Hubert Mongon, délégué général de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) qui évoque le tournant auquel fait face le secteur. "Nous vivons sans doute la quatrième révolution industrielle avec l'émergence des nouvelles technologies et des outils connectés qui tendent à améliorer la qualité des process".

Une convergence de facteurs qui s'affiche comme une double opportunité pour l'industrie française : saisir le virage de l'usine du futur pour rester compétitif et croître. D'autant que l'industrie est confrontée au défi des compétences : "On enregistre, depuis 12 à 18 mois, une augmentation du nombre de départs à la retraite, à la transformation des outils de production qui impliquent une adaptation des métiers traditionnels et à l'apparition de nouveaux métiers", ajoute le délégué général dont la filière représente 42 000 entreprises et près d'1,5 million de salariés.

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Chiffres clés

Redorer le blason

Une dynamique qui pousse les industriels à dévoiler leurs plus beaux atours pour séduire de nouveaux talents et s'affirmer en secteur d'avenir. Une tâche délicate, mais qui suscite l'engouement de tout un secteur comme en attestent les nombreuses opérations séduction lancées de l'intérieur. À l'instar de la Semaine de l'industrie qui se déroule chaque année et qui vise à familiariser les jeunes et le grand public aux métiers industriels, le secteur profite de courants ascendants.

En témoigne également le mouvement né de la nouvelle marque ombrelle créée il y a un an : la French Fab. Une bannière qui fédère et met en valeur les forces vives de l'industrie. De même, l'organisation de l'Usine Extraordinaire en novembre 2018 poursuit l'idée de redorer le blason d'un secteur encore trop poussiéreux auprès du grand public et des étudiants. L'industrie projette toujours dans l'inconscient collectif une image archaïque, épinglée par le taylorisme des Temps modernes de Chaplin.

"Notre défi est d'attirer les talents. L'industrie dans son ensemble, et plus encore les PMI, ont un passif terrible et un défi culturel à relever", souligne Bruno Grandjean, président de l'Alliance industrie du Futur, de la FIM et de la Fondation Usine extraordinaire. Côté embauches, les PMI prévoient de recruter en moyenne deux nouveaux salariés en 2018, mais partagent des difficultés à convaincre les candidats.

L'industrie ne fait pas rêver, mais recrute. La métallurgie à elle seule prévoit 110 000 recrutements par an jusqu'en 2025, selon l'UIMM. Sur l'ensemble de l'industrie, ce sont près de 250 000 postes par an qui seront ouverts d'ici sept ans. Un chiffre qui percute les propos d'Hubert Mongon, pour qui "le marché du travail n'est absolument pas en mesure de satisfaire les besoins, en termes d'effectifs, de compétences et de profils."

"Il faut arriver à se rendre visible et pas seulement auprès de ses potentiels clients, souligne Sylvie Guinard, p-dg de la PMI Thimonnier qui conçoit des machines d'emballages en région lyonnaise. Le grand public a une image biaisée de l'industrie et des profils que nous recrutons. On s'adresse à des personnes de tous niveaux, jusqu'à Bac +8 ou provenant du tertiaire par exemple".

L'industrie opère sa mue comme en témoignent les profils recherchés : ingénieurs, designers, techniciens, data managers, roboticiens... Une diversité de profils qui illustrent les nouveaux besoins et les défis auxquels fait face le secteur.

Objectif ? L'usine 4.0

Une chose est sûre : l'usine va changer, se transformer et se doter de process automatisés, mêlant l'intelligence artificielle, la robotique, la réalité virtuelle ou l'impression 3D. Des écrans tactiles feront l'interface entre les hommes et les machines avec l'objectif d'optimiser les flux, améliorer et assurer un meilleur suivi de la production. Des technologies qui réinventent et transforment profondément les structures.

Un futur proche qui touche déjà les grandes entreprises industrielles et préfigure une transformation rapide pour les PMI. "Il y a une véritable dynamique avec des pionniers côté PME qui s'investissent dans l'usine du futur, note Bruno Grandjean. Mais on a besoin de plus d'attractivité pour en faire un véritable élan".

Enjeu à court terme, la transformation digitale est aussi une question de survie. Une étude de Ricoh Europe met en avant qu'un tiers des dirigeants de PME sont conscients que s'ils ne prennent pas le virage du numérique, ils feront faillite d'ici à 2020. Une sentence loin d'être prophétique, mais qui sonne comme un avertissement.

"Plus qu'un outil, le digital vient transformer la stratégie, les process et le business model de nos entreprises, réagit Sylvie Guinard. C'est un saut intellectuel qui ouvre des opportunités gigantesques pour transformer l'approche en se détachant du bien produit et de la source classique de captation de la valeur ajoutée". L'entreprise de 80 salariés, qui réalise plus de 15 millions de chiffre d'affaires, a pris ce virage en intégrant l'impression 3D, la data ou les jumeaux numériques à ses process de fabrication.

La démarche est à la fois engageante auprès des clients, mais également pour les salariés. "C'est très impactant pour les collaborateurs puisqu'on transforme et on repense leur travail, tout en améliorant l'information des clients", précise la dirigeante qui a investi près de 20 % de son chiffre d'affaires en R & D sur les deux dernières années.

À l'échelle nationale, les dépenses en R & D des entreprises industrielles atteignent 22,7 milliards d'euros, selon le ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche, illustrant le fort engouement pour l'investissement immatériel des entreprises industrielles.

Pourtant, la France demeure à la traîne en termes d'investissement dans les machines et les équipements, loin derrière l'Italie, l'Allemagne et la Suède sur les vingt dernières années, selon un rapport de France Stratégie et de La Fabrique de l'Industrie (octobre 2018). Un biais que le gouvernement souhaite contrer à travers le retour du dispositif de suramortissement, déjà en place entre 2015 et 2017. Les PMI pourront, jusqu'en 2020, déduire de leurs bénéfices imposables jusqu'à 40 % de leur investissement en robotique et en transformation numérique. Avec l'objectif d'accompagner la transformation numérique de 10 000 PME de plus d'ici à 2022.


Pascal Jullien

"L'entreprise véhicule une image de modernité et d'attractivité"

Pascal Jullien, directeur industriel chez EMI-Wissler

"Notre coeur de métier n'a pas changé, nous avons seulement adapté le management et l'organisation de l'entreprise", explique Pascal Jullien, directeur industriel de l'entreprise EMI-Wissler, spécialisée dans l'injection de matières thermoplastiques. Avec ses 150 salariés, son p-dg Jean-Pierre Wissler et le directeur industriel ont lancé le chantier de la transformation de l'entreprise.

Depuis février, la PME est installée dans de nouveaux locaux de 16 000 m2 réunissant la production, le stockage et les différents services de l'entreprise (laboratoires, R & D, administratif). Ce qui change avec l'ancienne usine est le caractère automatisé de la manutention, de la fabrication au stockage. "Pour continuer à développer notre croissance , on a choisi de bâtir cette usine d'une page blanche en faisant le choix de l'automatisation", précise-t-il.

Charriots automatiques guidés par laser, presses autoalimentées, les nombreux process ont été automatisés pour optimiser la production. L'ensemble est piloté et supervisé grâce à la numérisation de chaque machine, toutes équipées d'ordinateurs. Pour anticiper les changements dans l'organisation et le travail, l'entreprise a mis en place, en amont, six groupes de travail soit près d'une quarantaine de salariés. "Quand on implique le personnel, on a moins de surprises par la suite", ajoute Pascal Jullien, qui avance que la PMI investit 4 % de la masse salariale dans la formation. Une usine 4.0 pour près de 16 millions d'euros d'investissement qui s'avère un atout : "l'entreprise véhicule une image de modernité et d'attractivité", insiste-t-il. Autre point positif : malgré une surface supérieure, la consommation électrique de l'usine a diminué de 10 % et le confort de travail est amélioré au niveau phonique et thermique. Un exemple réussi de transformation.

Jean-Pierre Wissler, p-dg EMI Wissler

EMI SAS
Étude Moule Injection
Injection matières thermoplastiques
Saint-Louis (Haut-Rhin)
Jean-Pierre Wissler (ci-contre), 59 ans
SAS > Création en 1995 > 150 salariés
CA 2018 : 30 M€


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Une usine plus durable

Consommer moins pour produire mieux s'illustre comme l'autre objectif des entreprises industrielles. Et comme un moyen de réconcilier l'usine avec les jeunes. Une question de responsabilité et d'image qui mobilisent des PMI. Chez Cristel (Doubs), un fabricant d'articles de cuisson haut de gamme, la protection de l'environnement se conçoit sous le prisme de la responsabilité. "Ce n'est pas un argument marketing de green washing, mais un engagement qui consiste à prélever des ressources de manière pérenne", présente Emmanuel Brugger, directeur général de Cristel.

De l'utilisation d'une énergie 100 % renouvelable au chauffage de l'usine par la récupération de l'énergie dégagée par les compresseurs, en passant par le recyclage des déchets ou la garantie à vie des produits, l'engagement se veut vertueux. L'entreprise a par exemple investi cinq millions d'euros en 2016 pour acquérir une ligne de production plus respectueuse de l'environnement et se lancer sur la voie de l'automatisation. Une manière de montrer aux potentiels candidats l'attractivité des PMI en la matière.

"Les jeunes générations sont en quête de valeurs et souhaitent s'engager dans des entreprises qui l'ont compris, précise-t-il. L'usine 4.0 et la protection de l'environnement ne doivent pas être une fin en soi, mais un moyen pour faire évoluer notre activité. Cet investissement vise à augmenter la productivité, améliorer les conditions de travail des salariés, maîtriser notre consommation d'énergie et aussi réintégrer une activité que l'on sous-traitait".

Un dernier défi qui vient à contre-courant de la tendance actuelle. Selon France Stratégie, la France serait un pays plus enclin à la conception : "ce niveau d'investissement plus élevé dans l'immatériel pourrait refléter le choix des entreprises de concevoir en France et de fabriquer préférentiellement dans d'autres pays", avance le rapport publié en octobre 2018.

Un constat que fait aussi Bruno Grandjean en considérant cette faiblesse comme "le coeur du problème". "Malgré tous les discours, la France n'a pas tourné la page de la sous-traitance de la fabrication, juge-t-il. Le déficit d'investissement productif démontre que la France n'est pas encore redevenue une terre d'usines".

Un enjeu qui s'avère beaucoup plus global. En conclusion d'un rapport intitulé "Usine du futur : comment allier transition numérique et transition énergétique et écologique ?" (2017), l'Ademe estimait que "les industriels n'associent pas ou peu les évolutions numériques aux enjeux
environnementaux
. Ceci confirme la nécessité d'intégrer la transition énergétique et écologique aux mutations numériques de l'industrie. Et ce, de manière concomitante avec l'intégration d'aspects sociaux et sociétaux (culture de la donnée, montée en compétence, évolution des postes de travail...).
"

4 initiatives qui mêlent industrie et innovation

1 Incuber des projets industriels
Destinée aux entrepreneurs et porteurs de projet de Normandie essentiellement, la NFactory se présente comme un incubateur de start-up. Hormis un accompagnement complet des jeunes pousses dans toutes leurs étapes de développement, l'initiative a été lancée par plusieurs dirigeants de PME et PMI normandes pour relier les partenaires industriels et l'écosystème numérique.

2 Se diversifier avec des start-up
Une question de survie. C'est ce qui a poussé l'entreprise de textile technique Lemahieu à développer un partenariat avec une des start-up phares de la French Tech, Le Slip Français. Une idée qui a incité les dirigeants à se tourner vers d'autres clients extérieurs alors qu'elle ne fabriquait que pour sa propre marque. Aujourd'hui, près d'un tiers de la production est réalisé pour ses clients.

3 Miser sur l'open innovation
Dirigeant de l'ETI Decayeux, son p-dg Nicolas Decayeux rachète l'usine d'électroménager Whirlpool d'Amiens et la transforme en un site de production de chargeurs pour véhicules électriques et casiers réfrigérés. Il propose en parallèle un service d'open innovation de conception et fabrication, le WN Open Factory, pour des PME spécialisées dans le mobilier urbain.

4 S'associer avec la recherche
L'univers de la recherche et l'entreprise peuvent s'entendre pour mettre l'innovation et la technologie au premier plan. C'est ce que propose par exemple la PME AIO de Pessac (Gironde) qui, avec l'INRIA de Bordeaux, a mis au point un objet connecté qui collecte les données biomécaniques des opérateurs pour encourager la prévention des TMS et améliorer les postes de travail.


 
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