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Web 3.0, une source de business ?

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Web 3.0, une source de business ?

Alors que le métavers propose d'explorer un monde parallèle et la cryptomonnaie de s'affranchir des tutelles des États, les perspectives commerciales offertes par le Web 3.0 sont à confronter aux difficultés d'entrée sur des marchés encore en devenir. Entre incertitudes économiques et promesses d'eldorado, seuls les plus aguerris à la technologie pourront, dans un premier temps, se frayer un chemin.

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E-commerce, gaming, luxe, publicité, ... les secteurs investis par le métavers se multiplient et les transactions en cryptomonnaie augmentent. Ces activités, en croissance, portées par des pionniers, attirent. Faut-il se lancer ? Réponses avec quelques spécialistes qui louent l'avenir radieux du nouveau Web, sans pour autant nier ses zones de faiblesses.

Blockchain, cryptomonnaie, métavers... le Web 3.0 fait couler beaucoup d'encre. De quoi s'agit-il ? De la 3e génération de l'Internet, qui succède à celle du Web 1.0 (l'affichage d'informations) et à celle du Web 2.0 (de l'interactivité et des réseaux sociaux aux mains des GAFAM). Avec elle, s'ouvre l'ère d'un internet décentralisé, basé sur la blockchain qui redonne le pouvoir aux internautes. Pour faire bref, dans un monde virtuel immersif - le métavers (contraction de méta univers) - les humains interagissent par avatars interposés, consomment des Notes (jetons non fongibles ou fichiers numériques rattachés à un certificat d'authenticité et stockés sur une blockchain) et paient en cryptomonnaie. Un programme alléchant ! Parmi les cas d'usages les plus avancés, Ivan de Lastours, blockchain / crypto lead de Bpifrance, pointe "les échanges de cryptomonnaie, la supply chain (grâce à la traçabilité des pièces que la blockchain améliore), les process entre établissements bancaires, la santé ou encoe la relation client".

Nouvelle expérience client et nouveaux modes de transaction

Le Web 3.0 offrirait donc des opportunités commerciales inédites. Les entreprises ayant un fort ancrage technologique semblent vouloir franchir le pas. Conscients des enjeux, les géants du Web se mobilisent. Mark Zuckerberg a changé le nom de Facebook en Meta (abréviation de métavers) pour faire entrer son entreprise dans le Web 3.0, Microsoft propose des outils pour construire le métavers (Office 365 et Teams) et a annoncé sa volonté de développer une offre de jeux vidéo. Les marques (Gucci, Warner Music, Carrefour, Ubisoft, etc.) se pressent aux portes des plateformes (Decentraland ou The Sandbox notamment) pour acquérir des parcelles virtuelles et y ouvrir des points de vente. Jeu, retail, immobilier, culture... de nombreux secteurs sont concernés. La Paris Design Week 2022 en a fait à la rentrée le fil conducteur de son programme. En mars, une Metavers Fashion Week était organisée à la suite des semaines mondiales de la mode qui se sont déroulées, en mode physique, à New York, Londres, Milan et Paris.

Le rêve semble à portée d'écran (ou de casque de réalité virtuelle) ! Le salon VivaTech 2022 a témoigné des nombreuses initiatives et expérimentations menées actuellement. Achat et essayage de vêtements virtuels via la start-up DressX pour LVMH, environnement de travail réel remixé en 3D pour immerger les candidats au recrutement chez Adecco. Le 12 juillet, François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, a prononcé un discours fondateur sur la monnaie numérique de banque centrale (MNBC) au forum financier international de Paris Europlace, évoquant une deuxième phase d'expérimentation du futur euronumérique... Du côté des start-up, les annonces de levées de fonds se succèdent depuis quelques mois. Kaiko, fournisseur de données sur les marchés cryptofinanciers a annoncé en juin une levée de 53 millions de dollars en série B pour poursuivre son développement international. Arianee, la société parisienne qui fabrique des NFTs et donne ainsi une identité numérique aux produits de luxe, a levé 20 millions de dollars en mai pour les mêmes raisons. De nombreuses jeunes pousses se positionnent mais ne sont, à date, qu'en phase d'amorçage. Fin juin, Omi, logiciel de modélisation, a levé 6 millions d'euros afin d'accompagner les marques dans le métavers, en développant une technologie 3D pour automatiser la création de contenus photo et vidéo et leur permettre de proposer des expériences d'e-commerce et de shopping 3.0. Request Finance a levé 5,5 millions de dollars pour généraliser le paiement en cryptomonnaie dans les entreprises. Des exemples parmi tant d'autres ! "Nous investissons dans des start-up comme APLO (prime broker qui passe des ordres pour des clients institutionnels en cryptomonnaie et en token)", indique Mathieu Viallard, general partners du fonds Axeleo Capital. Les critères de sélection restent classiques : qualité des dirigeants, expérience, plan d'exécution. "Nous recherchons des projets solides au plan technologique et prêtons attention aux risques de failles, car les plus vulnérables se font hacker", ajoute-t-il.

Des sources d'inquiétudes

Si tous les signaux positifs, susceptibles de rassurer les entrepreneurs, se multiplient, ils sont à mettre en perspective avec des signaux plus négatifs. Ainsi la démission de Vivek Sharma, qui avait rejoint Meta en 2016 et pris la direction de la plateforme de réalité virtuelle Horizon Words (espace collaboratif virtuel) en 2021. Sur le web, les critiques du métavers selon Zuckerberg fusent. La possibilité qu'un géant du Net s'empare de cet univers remet en cause les fondamentaux de la décentralisation... Suivant le même principe, le débat entre le potentiel euronumérique et le bitcoin est déjà lancé. La concurrence entre les cryptomonnaies, les variations des cours, le nombre d'intermédiaires agitent régulièrement le secteur.

Autre frein, le niveau technique requis. "Oui, le Web3 ouvre un nouveau terrain de jeu entrepreneurial, mais impose de nouveaux codes, dans un environnement technique, économique et réglementaire complexe", admet Ivan de Lastours. Un eldorado aussi stimulant qu'exigeant. Le marché semble pour l'instant réservé à des passionnés, issus d'écoles d'ingénieurs, de cursus juridiques et financiers. Il n'existe à date que très peu de formations spécialisées. Quelques grandes écoles proposent des cours en master. À Paris, le "Metaverse College" (groupe Collège de Paris) ouvre à la rentrée. "Petit frère du Digital College (3 000 étudiants) à la Défense, le Métavers College ambitionne de former les jeunes aux métiers de développeur XR, designer 3D, chef de projet métavers, ... Notre objectif étant de rester flexible et d'adapter l'offre aux besoins d'un secteur en constante évolution", commente Ridouan Abragi, son directeur. La première promotion ne devrait réunir qu'une cinquantaine d'étudiants, sélectionnés à partir du niveau Bac +3. Dans les entreprises, le recrutement de profils spécialisés devra attendre.

La sobriété énergétique en question

« La blockchain et le métavers nécessitent une importante consommation d'énergie (liée aux data centers, serveurs, haut débit...), mais les choses évoluent. Il est intéressant de constater que la deuxième cryptomonnaie mondiale, Ethereum, a entamé sa transition qui devrait lui permettre de réduire son empreinte carbone », note Pierre Jacob, principal chez Magellan Partners. "D'autres blockchains se développent et rivalisent en garantissant des protocoles moins énergivores. De son côté, l'utilisation du métavers permet de réduire les consommations d'énergie dans d'autres domaines (transport) », poursuit-il.

Enfin, les business models restent à définir. Beaucoup de start-up fondent leur projet sur le commissionnement. Chez Lyzi, application de paiement en crypto (bitcoin, ethereum, etc.), Damien Patureaux, CEO et fondateur, explique s'appuyer sur plusieurs modèles : "En B to C, nous nous rémunérons sur les flux en facturant des frais de services (de 1 à 3 %) sur le paiement en crypto effectué par l'utilisateur, et nous prélevons 0,2 % sur les activités de trading (achat - vente de bitcoin)". En B to B, le modèle diffère. "Nous proposons une offre sur-mesure et nous comptons des frais de déploiement ainsi que des frais à l'usage, soit sous la forme d'abonnement, soit à la commission", confie-t-il. Les différentes formules cohabitent. "Nous construisons une technologie, nous apprenons en marchant", glisse-t-il. Cet entrepreneur se félicite du Time-to-market : "En 2019, nous faisions figure d'extraterrestres, mais aujourd'hui les marques nous sollicitent, la tendance est là, malgré les crashs, la spéculation et la variation des cours". Seul bémol, la régulation. "Le PSAN - N.D.L.R. nouveau statut imposé par le législateur aux prestataires de services sur actifs numériques - a mis un coup d'arrêt aux activités génératrices de profit", regrette-t-il.

Un début de réglementation

Début juillet, l'Europe a adopté deux textes provisoires visant à encadrer le secteur : MiCA (Markets in crypto-assets) et TFR (Transfer of Funds Regulation), le premier pour réglementer les acteurs du marché, le second pour lutter contre le blanchiment d'argent. On le voit, dans le Web 3.0, de nombreuses questions juridiques restent en suspens. Qui pour réguler ces nouveaux territoires par exemple ?

Ces interrogations ne devraient pour autant pas freiner le mouvement. En France, Ivan de Lastours l'assure : « Bpifrance accompagne le Web 3.0 comme beaucoup de secteurs innovants, plus de 160 start-up du secteur blockchain ont ainsi été financées, car oui nous y croyons, d'ailleurs dans le secteur financier, 220 millions de portefeuilles électroniques de cryptomonnaie ont été créés, on peut estimer qu'il y a 150 millions d'utilisateurs recensés à travers le monde, le secteur existe même s'il n'est pas encore aussi impactant au niveau sociétal ». À ses balbutiements, l'industrie de la crypto en France pèse plus d'1,2 milliard d'euros en termes de levées de fonds selon l'étude "La crypto en France, structuration et adoption par le grand public "menée par KPMG France pour l'ADAN (association pour le développement des actifs numériques). Elle serait à l'origine de la création de plus de 1100 emplois directs (soit une croissance de près de 60 % sur une année), dont 80 % en France, et des projections réalistes porteraient ce socle à plus de 2 400 emplois directs en janvier 2023 (soit 120 % de croissance). Un eldorado en pleine expansion.

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