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[Interview] Fanny Picard (Alter Equity) : "L'économie s'apprête à changer"

Publié par Céline Tridon le - mis à jour à
[Interview] Fanny Picard (Alter Equity) : 'L'économie s'apprête à changer'

Tendance qui n'est plus émergente, le financement à impact soutient des projets bons pour la planète et les hommes. Fanny Picard a d'ailleurs créé en 2007 Alter Equity, un fonds d'investissement spécialisé. Elle explique comment une approche plus durable peut modifier le visage de l'économie.

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Quelle est la tendance actuelle du secteur du financement ?

Les investisseurs ont clairement pris la mesure de l'évolution de l'opinion publique et de sa consommation accrue de produits et de services plus responsables.

Il y a une accélération de la prise de conscience des enjeux environnementaux, climatiques, de préservation de la biodiversité et des ressources dans les pays occidentaux. Ainsi, 60 % des Français pensent qu'il est important d'agir pour la planète.

La souffrance sociale et l'émergence de comportements antisystèmes marquent également notre époque, illustrées par exemple par le mouvement des Gilets jaunes, l'élection de leaders populistes ou le referendum ayant conduit à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Les projets à impact attirent-ils donc d'avantage les investisseurs ?

Aujourd'hui le nombre et le volume des investissements disponibles pour des projets à impact augmentent, en effet. Les financements sont plus importants, car non seulement il y a de plus en plus de fonds dédiés à l'impact, mais aussi parce que les fonds généralistes s'intéressent à ce type d'activité.

Au sein de l'association professionnelle France Invest, en 2020, nous étions 33 fonds spécialisés, disposant d'une capacité d'investissement de 3,3 milliards d'euros.

Qu'est-ce qui va distinguer un projet à impact d'un autre projet ?

Un projet à impact est utile à l'environnement ou plus généralement à la société par son business model ou son activité d'une part, par ses pratiques de gestion plus responsables d'autre part. Il cherche également à minimiser ses externalités négatives.

Quel est le profil des entreprises que vous suivez chez Alter Equity ?

Ce sont des entreprises qui ont un chiffre d'affaires d'au moins 800 000 euros, françaises ou européennes, dont l'activité a un impact sur les personnes (métiers de l'éducation, de la culture, de la santé, du bien-être, du service aux personnes fragiles...) ou sur l'environnement.

Pour citer quelques exemples, nous avons investi dans la plateforme de crowdfunding Miimosa (qui accompagne des projets de transition agricole), dans la start-up Murfy (qui répare l'électroménager hors garantie) ou encore dans Kipli (qui commercialise un matelas en latex bio évitant les mousses des matelas classiques).

Ces entreprises à impact grandissent-elles mieux aujourd'hui ?

Les participations de notre deuxième fonds (nous avons deux fonds de sous-gestion) ont connu une croissance de 95 % en 2020. Bien sûr, nous sélectionnons celles qui présentent un réel potentiel de croissance, mais, de manière générale, les marchés sont en forte accélération dans les métiers à impact positif.

Comment identifiez-vous le potentiel de croissance ?

Par un positionnement favorable sur un marché lui-même en croissance, compte tenu de la qualité du produit ou du service et de son prix.

Le potentiel ressort également de la capacité de l'entreprise ou de sa marque à créer un attachement. C'est ce qu'a réussi à faire Veja avec ses baskets responsables, grâce à la cohérence et à la rigueur de sa démarche de soutien de filières d'approvisionnement responsable.

Notre participation dans Kipli se démarque en ce sens en commercialisant des matelas en latex bio, évitant la mousse en polyuréthane présente dans les matelas conventionnels, contenant des perturbateurs endocriniens et même parfois des composés organiques volatils cancérigènes.

Y a-t-il eu un effet de la crise ?

Clairement. Le consommateur a bien compris que le poids de l'Homme sur la nature entraîne des conséquences sur l'environnement et même bien au-delà.

La crise sanitaire a entraîné des accélérations : on a beaucoup parlé de celle de la digitalisation, mais il y a aussi celle de la prise de conscience du dérèglement climatique et de la profondeur de la souffrance sociale.

Dans le champ financier, certains intervenants qui n'intégraient pas encore de paramètres de responsabilité sociale et environnementale sont en train de basculer en ce sens, notamment du fait des demandes de leurs propres investisseurs.

S'agit-il, de manière générale, de tendre vers une économie plus positive ?

L'économie s'apprête en effet à changer parce que l'opinion publique l'attend, l'exige même. On l'observe à travers les actes de consommation ou les positions des collaborateurs dans les différentes entreprises.

Le régulateur également agit en ce sens. La Commission européenne, par exemple, a engagé des chantiers de la finance durable. Ces derniers sont en train de se traduire par un certain nombre de règlements, plus contraignants pour tous les gestionnaires d'actifs. Ainsi, depuis le 10 mars 2021, tous les gestionnaires d'actifs doivent rattacher leurs produits financiers à différentes catégories du règlement Disclosure, ou SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation). Ce règlement européen entend encadrer à plusieurs échelles la transparence des fonds vis-à-vis de leur intégration des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).

Globalement, il y a un mouvement qui est à l'oeuvre, même s'il est encore beaucoup trop lent au regard de l'urgence des enjeux environnementaux.

C'est-à-dire ?

En 2020, nous avons émis à l'échelle mondiale un peu plus de 50 milliards de tonnes de CO2. Or, l'objectif en 2050 est d'être, en émissions nettes, à zéro. La France émet 450 millions de tonnes de CO2 par an. L'effort est donc colossal et il doit être immédiat. On est très en retard sur les objectifs pour maintenir une vie agréable sur Terre. Mais la prise de conscience s'accélérant, il y a une pression de plus en plus forte sur les entreprises et les acteurs financiers.

Quelles sont les retombées des projets à impact positif ?

Les investisseurs à impact se doivent de mesurer les effets des projets qu'ils soutiennent. Les entreprises du portefeuille d'Alter Equity ont permis d'éviter une émission de 2,4 tonnes de CO2 , fin 2020, ce qui représente 0,5 % des 450 millions émis par la France chaque année.

Le financement durable permet-il aussi de mieux soutenir les projets de femmes entrepreneures ?

Avec notre premier fonds, nous avons financé quatre entreprises dirigées par des femmes, soit un tiers de notre portefeuille. Il y a encore beaucoup à faire, puisque seulement 5 % des fonds dans le non coté sont alloués à des entreprises dirigées par des femmes.

Diplômée de l'Essec et de la SFAF, titulaire d'une maîtrise de droit et ancienne auditrice du Collège des hautes études de l'environnement et du développement durable, Fanny Picard a commencé sa vie professionnelle au sein du département fusions et acquisitions de la banque d'affaires Rothschild & Co. Engagée en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique et les désordres environnementaux, elle crée le fonds d'investissement à impact Alter Equity en 2007.
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