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Grégoire Furrer (Festival Montreux Comedy) : « Je survis à toutes les crises depuis 30 ans »

Publié par le - mis à jour à
Grégoire Furrer
© Corentin Mossiere
Grégoire Furrer

Originaire de Suisse, Grégoire Furrer a su implanter sa marque "Montreux Comedy" à l'international. Il est aujourd'hui présent sur trois continents et sa société GFP (Grégoire Furrer Productions) continue de susciter des vocations dans le monde entier. Portrait d'un autodidacte passionné !

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Qui est Grégoire Furrer ?

Je me définis comme un aventurier. Si j'étais né au siècle dernier, j'aurais probablement pris le large en bateau à la découverte de terres inconnues. En ce sens, je me considère davantage comme un entrepreneur plutôt qu'un chef d'entreprise.

Quelle différence faites-vous entre les deux ?

Le chef d'entreprise va bâtir quelque chose à partir d'un business plan. Il va répondre à des injonctions qui sont propres à tout dirigeant. Je les connais bien pour les avoirs également au sein de mon entreprise. Être entrepreneur, cela va bien au-delà, c'est un état d'esprit. C'est rêver grand, expérimenter sans cesse, savoir prendre des risques quand il faut en prendre. C'est cet aventurier sur son bateau qui ne craint pas de suivre une vision et prendre le large même lorsqu'il ne sait pas véritablement où cela va le mener.

Vous avez lancé votre premier festival il y a 30 ans, pourquoi ce choix d'entreprendre dans l'humour à l'époque ?

J'avais 21 ans. Mes amis humoristes avaient beaucoup de talent, mais étaient dans l'incapacité de l'exprimer car tout se jouait à Paris, ville inaccessible pour nous à l'époque. J'ai décidé de créer un festival pour eux. Je n'y connaissais rien. J'ai fait beaucoup d'erreurs, mais je l'ai aussi fait avec beaucoup de sincérité. La magie a opéré et l'aventure continue.

À quoi ressemblent vos journées ?

Mon rôle au quotidien est d'embaucher des personnes plus compétentes que moi, de les inspirer, d'insuffler de nouveaux projets et de les vendre. L'enjeu principal est de prendre les bonnes décisions. Environ 80 salariés dépendent de mes choix.

Après certains faits divers ou événements tragiques, vous est-il déjà arrivé de poser des limites, voire de censurer ?

Nous avons la chance de vivre dans un pays où des lois existent pour condamner et encadrer les dérapages extrêmes, tel que cela a été le cas avec Dieudonné. Je considère que ce n'est pas mon rôle de censurer d'autant que, de mon point de vue, l'humour est au contraire une richesse extraordinaire pour le vivre ensemble. Rire d'une différence, cela nécessite de la hauteur et c'est un réel enjeu sociétal que de sortir du premier degré. Cela étant dit, il faut aussi différencier la vanne qui part d'une intention noble, de la vanne avec l'intention de nuire.

Ce n'est pas mon rôle de censurer.

« L'humour est une richesse extraordinaire pour le vivre ensemble. » Peut-on rire de tout avec Grégoire Furrer ?

Absolument (rire) ! Il faut savoir avant tout rire de soi.

Vous avez fait partie des premiers à investir dans des plateformes digitales, avec notamment le site Wecomedy. Cela vous a-t-il aidé lors du confinement ?

Le digital a toujours été essentiel pour moi. Avant le confinement, nous étions déjà les leaders de l'humour francophone sur différentes plateformes cumulant plus de 4 millions de personnes sur les réseaux. Lors du confinement, cela nous a permis d'amortir les pertes avec "seulement" 50 % de moins sur notre chiffre d'affaires. Nous opérons aujourd'hui une croissance annuelle de 10 à 15 % en moyenne pour un chiffre d'affaires de 9,1 millions en 2022.

Vous avez développé vos propres productions. Quelles sont vos ambitions dans ce domaine ?

Nous avons en effet créé Desk, une fiction humoristique, puis Yellow Mic, un podcast qui donne la parole à un humoriste pour en savoir plus sur les coulisses d'un sketch.
Nous allons également créer notre propre bibliothèque de streaming.

Vous avez également créé Dycoco, le premier comedy club d'Afrique de l'Ouest à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Pourquoi ce choix aujourd'hui ?

Dans une logique francophone, l'Afrique s'est présentée comme une évidence. C'est un continent qui regorge de talents avec pour seul point faible le manque de structures et de formations pour accompagner les artistes. Face au potentiel, j'ai pris la décision de me lancer. C'est un vrai défi entrepreneurial, mais c'est aussi une fabuleuse aventure humaine.

Le Québec a toujours eu une longueur d'avance s'agissant de l'humour. Qu'est-ce que cette province vous inspire ?

Effectivement, le Québec est à la pointe de l'humour avec une grande avance sur l'Europe. Il m'a énormément inspiré durant 30 ans, mais je constate aujourd'hui que c'est aussi un marché qui commence à tourner en rond et qui n'arrive pas se renouveler. Il y a une volonté assez naturelle de capitaliser sur ce qui fonctionne avec pour conséquence un manque de prise de risque qui finit par scléroser le marché. Cela étant dit, nous avons fait le choix de nous installer au Québec afin d'apporter une offre plus hybride. Nous allons explorer deux nouveaux axes : les nouvelles technologies et de nouveaux genres, tels des conférences, des formations, de la musique, etc.

La marque Montreux Comedy doit attirer vers vous de belles opportunités business. Quels sont les deals auxquels vous avez envie de répondre ?

Nous sommes effectivement énormément sollicités pour faire du brand content, entre autres. Nous sommes en mesure de réaliser des opérations spéciales pour des sponsors, au sein même de nos événements ; en revanche, je suis contre l'idée de devenir prestataire de services pour des tiers, ou celle qui consiste à répondre au cahier des charges d'une marque. De manière générale, notre volonté n'est pas de répondre à toutes les sollicitations. En moyenne, nous ne retenons que 10 % de ce qui nous est proposé.

Votre festival a lancé de nombreux artistes, dont le dernier en date, Paul Mirabel. Montreux, un révélateur de talents ?

Je dirais plutôt que nous sommes un accélérateur de talents. Avant Paul Mirabel, il y en a eu effectivement beaucoup d'autres tels que Laurent Gerra, Anne Roumanoff, Anthony Kavanagh, Rachid Badouri, Jérémy Ferrari ou Blanche Gardin pour ne citer qu'eux. Les festivals de Montreux ont sans aucun doute permis à certains talents à se faire connaître plus tôt et plus rapidement, mais grâce à leur don, ils y seraient tout de même parvenus, en empruntant d'autres voies. En ce sens, je nous définis davantage comme un accélérateur de carrières plutôt qu'un révélateur. Eux seuls ont le mérite de leur art.

Nous sommes des accélérateurs de talents.

L'humour continue de susciter beaucoup de vocations. Le secteur n'est-il pas saturé ? Peut-on toujours espérer en vivre aujourd'hui ?

Tout dépend où l'on se place. Au Québec, par exemple, c'est un marché extrêmement saturé avec une école nationale de l'humour qui a révélé en moyenne 500 talents pour 8 millions d'habitants. Inversement, en Afrique, le marché est en phase de se structurer avec encore de belles perspectives pour celles et ceux qui souhaitent se positionner. La France se situe à mi-chemin et arrivera très vite à saturation d'ici quelques années.

Les humoristes sont-ils des entrepreneurs comme les autres, selon vous ?

Indéniablement. Et la nouvelle génération bien plus que l'ancienne. Pour faire une carrière, il faut aujourd'hui savoir tout gérer : sa production et sa communication. Les humoristes sont devenus "influenceurs". Ils ont des communautés qu'il faut gérer tous les jours. Ils sont contraints d'acquérir des expertises annexes de gestion de carrière : gestion budgétaire, logistique, communication, sponsors, équipe, etc. Comme un chef d'entreprise le ferait. L'époque où un producteur prenait un artiste sous son bras pour tout gérer à sa place est en passe d'être révolue.

Quels conseils pourriez-vous donner à d'autres futurs entrepreneurs ?

De rester fidèles à leurs valeurs malgré le brouhaha extérieur. Dans mon parcours, on a souvent tenté de nous déstabiliser, décourager. À chaque fois qu'un nouvel acteur arrivait sur le marché, certains prédisaient notre faillite et, pourtant, nous sommes toujours là, depuis 30 ans. Je leur conseillerais aussi de toujours viser l'excellence.

Quel est votre chiffre d'affaires aujourd'hui et quels sont vos projets et perspectives d'avenir ?

En 2020, nous avons atteint 4 millions d'euros. En 2021, 7,4 millions et, en 2022, nous avons réalisé 9,1 millions avec un objectif de 15 millions d'euros pour 2023. Nous sommes présents sur trois continents et nous avons pour ambition d'accélérer notre croissance, notamment en Afrique où nous doublons notre chiffre d'affaires chaque année.
Nous sommes aujourd'hui 80 salariés et notre enjeu majeur consiste à construire un réseau francophone mondial.
À plus court terme, vous pourrez d'ores et déjà nous retrouver pour de nouveaux événements à Montréal, Cannes
et Lille.

 
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