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La sobriété, nouveau paradigme industriel

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La sobriété, nouveau paradigme industriel

Dans un contexte de crise, aggravée par la guerre en Ukraine, la sobriété énergétique revient sur le devant de la scène. Si la plupart des industriels n'ont pas attendu l'appel du gouvernement pour s'en soucier, la crise accélère le mouvement... Et certains placent le sujet au coeur de leur stratégie.

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Le plan de sobriété énergétique présenté par le gouvernement le 6 octobre dernier vise à réduire de 10 % la consommation d'énergie du pays. Une nécessité pour faire face à un risque inédit de pénuries d'électricité et de gaz au cours de l'hiver, lié à la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine, mais aussi une première étape pour atteindre l'objectif de 40 % d'économies, indispensable pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

Cette " chasse au gaspillage ", destinée à " éviter tout risque de coupure " cet hiver, compile de multiples pistes d'action. Appelées à la " mobilisation générale ", les entreprises sont invitées à s'engager à travailler sur seize actions concrètes, comme la limitation du chauffage, l'arrêt de l'éclairage des bâtiments inoccupés, ou le déploiement d'un forfait mobilité durable.

Mais la plupart d'entre elles n'ont pas attendu pour optimiser leur consommation et abaisser leur facture d'énergie. Le plus facile a souvent été fait dans les entreprises industrielles, constate une enquête du magazine spécialisé L'Usine nouvelle(1). Trouver de nouvelles pistes d'économie à actionner rapidement n'est pas toujours facile. Investir dans de nouveaux bâtiments ou revoir ses processus de production prend par définition du temps. Et pour beaucoup, à court terme, " consommer moins " revient à " produire moins " ... Malgré ces difficultés, la forte hausse des prix de l'énergie accélère le mouvement des entreprises vers la sobriété énergétique. Les plus en retard sont poussées à accélérer, les plus avancées cherchent à aller encore plus loin.

Renault accélère sur la sobriété énergétique

C'est notamment le cas du groupe Renault, qui vient d'annoncer avoir réduit de près de 10 % la consommation énergétique de ses sites industriels et tertiaires en France entre 2021 et le 1er semestre 2022. Son plan de sobriété énergétique vise désormais une baisse de consommation de 12 % à la fin 2022 et de 14 % en 2023. En termes de consommation énergétique par véhicule produit, l'objectif est d'atteindre une baisse de 40 % d'ici 2025 par rapport à 2021.

Pour accélérer cette transformation, Renault a mis en place une équipe dédiée baptisée " Task Force Energy Crisis ". Des actions concrètes sont également menées sur les sites, comme la réduction des consommations énergétiques hors production (coupure généralisée du chauffage, de la production d'air comprimé et de l'éclairage), l'optimisation des consignes de chauffage ou la mise en place d'un monitoring quotidien des consommations site par site pour agir en cas de surconsommation. Un plan d'investissement de 2,2 millions d'euros en 2022 a permis d'équiper les sites en capteurs et en compteurs connectés pour optimiser le management de l'énergie.

Le poste peinture de la carrosserie pesant 40 % du coût énergétique de l'assemblage d'un véhicule, le constructeur s'emploie à optimiser le temps de chauffe nécessaire. " Dès la fin de 2021, quand le prix du gaz a commencé à s'envoler avant même la crise ukrainienne, nous avons relancé un management très serré de toutes nos usines pour prendre en main ce temps de chauffe.

Il s'agit d'avoir la bonne personne au bon moment pour mettre en route le chauffage des bains avant l'arrivée de la première équipe ", explique Nicolas Estèbe(2), directeur de l'ingénierie du système industriel. Une plateforme numérique pour optimiser les cycles de démarrage et les périodes d'arrêt des tunnels de cuisson de la peinture est également développée à l'usine de Douai et cette innovation devrait être étendue à d'autres installations.

Saint-Gobain investit dans les économies d'énergie

Saint-Gobain s'est également engagé sur la mise en oeuvre d'un plan de sobriété énergétique autour de deux piliers : l'optimisation continue de ses procédés de production et de l'usage de ses bâtiments, et la conception et la mise sur les marchés de solutions alliant performance et durabilité. " L'impératif immédiat de sobriété énergétique en Europe, face au risque de pénurie, nous oblige à agir à court terme et à accélérer nos efforts ", explique le groupe.

L'industriel travaille par exemple sur l'isolation des fours, la mise en place de moteurs plus efficaces, le management et la récupération de l'énergie perdue. Il mise également sur le réemploi ou le recyclage en utilisant du verre recyclé pour produire du verre plat ou de la laine de verre.

Recours à des énergies vertes, rénovation des bâtiments, installation systématique d'éclairage LED, limitation de l'usage de la climatisation et du chauffage, baisse de la température dans les bureaux, déploiement de solutions photovoltaïques sur les toits des usines et les ombrières de parking, réduction des déplacements professionnels, développement de la mobilité douce et du covoiturage... L'industriel s'emploie à jouer sur tous les leviers.

Pour moderniser sa principale unité de production de vitrage, à Aniche-Emerchicourt, Saint-Gobain a investi 30 M€ et mis en place un système de récupération de la chaleur émise par le processus de fabrication. Une partie de la chaleur dégagée lors de la production sera récupérée et réutilisée pour la fusion des matières premières, mais aussi pour chauffer les magasins de stockage. Des mesures qui permettront de réduire de plus de 10 % les consommations de gaz du site, lequel s'est également illustré en devenant " le premier au monde à réaliser une production zéro carbone de verre plat ", avec 100 % de verre recyclé et 100 % d'énergie décarbonée

Eiffage innove dans la valorisation des déchets

Dans le secteur du BTP, la démarche déborde largement le seul sujet de l'énergie, et elle a été enclenchée bien avant la crise actuelle. " Nous n'avons pas attendu l'appel de la Première ministre pour travailler sur la sobriété énergétique, même si nous pouvons toujours opérer des réglages pour aller plus loin ", assure ainsi Benoît de Ruffray, PDG d'Eiffage(4). Aujourd'hui, les solutions durables préconisées par Eiffage auprès de ses clients sont mises en oeuvre au sein de ses propres entités, depuis la performance énergétique de l'immobilier du groupe, jusqu'aux solutions d'écomobilité pour les collaborateurs, en passant par la mise en oeuvre de l'économie circulaire. Pour maîtriser son empreinte carbone, le groupe s'est fixé pour 2030 un objectif de réduction de 33 % de ses émissions de gaz à effet de serre.

Eiffage Génie Civil se distingue notamment en matière de valorisation des déchets. Demcy, la filiale démolition du groupe, est en pointe dans ce domaine. " Nous avons déconstruit 500.000 tonnes de matériaux en 2020 et 530.000 tonnes en 2021, dont plus de 90 % a été orientée en recyclage, réutilisation et réemploi, précise son directeur, Bruno Cahen(3). En 2020, cela représentait 94 % des déchets de chantier et en 2021, nous avons atteint 97 % ". Pour la démolition du pont autoroutier de l'A7, par exemple, les matériaux de démolition, issus des 3.000 m3 de béton de l'ouvrage, ont été broyés, déféraillés et concassés sur place afin d'être réutilisés en remblais.

Une démarche qui s'inscrit pour le groupe dans une logique d'exigence, que ce soit avec les co-traitants, comme avec le client, ainsi que le précise Guillaume Sauvé(5), président d'Eiffage des activités d'infrastructure : " Selon moi, un client réellement motivé par ces sujets cruciaux doit savoir faire évoluer progressivement ses cahiers des charges vers une exigence toujours plus haute, tout en restant réaliste. "

Eiffage a d'ailleurs développé tout un écosystème autour de la transition énergétique et a notamment lancé, en juin 2019, le club industriel Sekoya, une plateforme dédiée à l'émergence de solutions bas carbone portées par des start-up innovantes. L'une d'entre elles, Backacia, a développé avec succès une place de marché(6) dédiée au réemploi des matériaux de chantiers non utilisés.

Ces quelques exemples parmi les poids lourds de l'industrie française montrent à l'évidence qu'il est possible d'avancer, dans des secteurs très variés, dans le sens des efforts imposés, conjoncturellement par les pénuries, et structurellement par les nouvelles exigences sociétales. Reste à la puissance publique à orchestrer toutes ces initiatives pour que leur dynamique concerne tous les acteurs de la société française.

Pour aller plus loin

Justine Lescaux - A travaillé pendant dix ans dans le numérique en tant qu'ingénieur R&D au compte d'une grande entreprise anglaise.

(1)https://www.usinenouvelle.com/editorial/equipements-process-temps-de-travail-comment-les-entreprises-comptent-relever-le-defi-de-la-sobriete-energetique.N2037907

(2) https://www.lesechos.fr/weekend/business-story/7-entreprises-a-la-pointe-de-la-sobriete-energetique-1852399

(3)https://levidenceverte.fr/2022/07/25/eiffage-et-le-developpement-durable-un-effort-tous-azimuts/

(4)https://www.batiactu.com/edito/crise-energetique-a-effets-positifs-eiffage-benoit-64678.php

(5)https://www.rse-magazine.com/Developpement-durable-Eiffage-releve-le-defi-par-l-innovation_a4407.html

(6)https://planete.lesechos.fr/solutions/backacia-une-solution-pour-reduire-les-dechets-du-btp-4382/

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