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[Tribune] Être une femme entrepreneure, le chemin de croix ?

Publié par le | Mis à jour le
[Tribune] Être une femme entrepreneure, le chemin de croix ?

Entreprend-on différemment lorsque l'on est une femme ? Force est de constater qu'aucune entrepreneure n'est à la tête des très regardées start-up du Next 40. Absence de rôles modèles, clichés mais aussi syndrome de l'imposteur et manque de confiance en soi sont des pistes de réflexion à explorer.

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C'est un fait : de plus en plus de femmes entreprennent en France, même si elles restent toujours moins nombreuses que leurs homologues masculins à le faire. Pour autant, l'absence de femmes à la tête de grosses boîtes comme les licornes, ces scale-up très visibles, est criante. Peu de femmes au départ, encore moins dès que les levées sont importantes... Quand il s'agit de se vendre à très grande échelle, et se vendre soi, c'est là que le bât blesse.

Certains auront tendance à balayer le problème d'un revers de la main, en estimant que les femmes manquent tout simplement d'ambition et d'envie. Une vision bien simpliste des choses !

Confiance en soi, maternité, état d'esprit ... des dimensions multi factorielles

Un biais important existait jusqu'à il y a peu : une femme avec de l'ambition, c'était mal perçu. Cette vision est toujours un peu ancrée dans les esprits. Si elle tend à disparaître, en revanche, les femmes souffrent bien souvent du syndrome de l'imposteur sur lequel on doit lutter dès l'enfance, dès le plus jeune âge. Elles vont généralement vendre leur société plus tôt, sécuriser les emplois et leur stabilité financière. Ce qui est loin de déplaire à quelques investisseurs, mais elles visent donc de moins importantes levées que les hommes.

Les femmes restent généralement très prudentes sur les chiffres, leur stratégie, leur ambition contrairement aux hommes qui ont tendance à avoir plus confiance en eux. C'est cet état d'esprit qui marque un véritable plafond de verre, qui reste à casser, certainement pas un manque de compétences ! Et le déficit de représentativité en la matière n'arrange rien...

Enfin, pour devenir une licorne, on le sait, il faut faire une croix sur sa vie personnelle, être prêt à sacrifier de nombreux moments avec ses proches pendant quelques temps tout au moins. Si on regarde l'âge des fondateurs des licornes françaises, il tourne généralement autour de 30 à 40 ans - l'âge auquel, le plus souvent, on commence à avoir des enfants. On ne demande jamais aux hommes s'ils attendent un enfant, donc les femmes entrepreneures ne devraient pas avoir à répondre à ce genre de questions. C'est d'autant moins nécessaire que la plupart des entrepreneures continuent de travailler enceintes et ne prendront pas vraiment de congé maternité pour pouvoir rester investies dans leur projet.

Quelles solutions ?

Il y a deux ans, Emmanuel Macron disait vouloir viser 25 licornes françaises d'ici à 2025. Maintenant que cet objectif a été atteint, le nouveau challenge devrait être de viser au moins cinq licornes portées par des femmes d'ici à 5 ans. Mais comment faire ?

Les femmes doivent avant tout se faire confiance et ne pas se sous-estimer. Les entrepreneures ont tendance à sécuriser plus leur projet et à demander moins. Or, le discours que veulent entendre les fonds d'investissement doit être ambitieux. Par exemple, si elles veulent lever 1 million d'euros, il faut qu'elles en demandent... le double.

La question de la grossesse et du congé maternité est primordiale. Si l'on pouvait – enfin – démocratiser le congé parental pour les hommes, nul doute que la carrière des femmes entrepreneures, et donc l'hyper croissance de leurs entreprises, en seraient moins impactées.

Plus facile à dire qu'à faire, les femmes devraient enfin pouvoir travailler sur leur syndrome de l'imposteur pour arrêter de culpabiliser. Avoir de l'ambition n'est plus un gros mot. Il ne devrait pas empêcher de parvenir à un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

S'appuyer sur tous les réseaux à disposition des entrepreneures (et pas seulement les réseaux féminins !) peut aider dans ce sens, pour apprendre des bonnes pratiques de ses pairs. Cela peut inciter les entrepreneures à prendre plus de risques et à mieux travailler leur visibilité et prises de paroles. Il est grand temps que les femmes aient plus confiance en leur légitimité et n'hésitent plus à ambitionner de grands projets, comme leurs homologues masculins.

Pour aller plus loin :

Après une formation HEC, Sup de Co Montpellier et master RH à la Dublin City University, Emilie Legoff a passé 3 ans chez Excelia, une société en pleine création où elle était la première salariée, puis 3 ans dans un grand groupe RH, USG People. En 2010, elle co-crée D2L Group, une entreprise dédiée à la mutualisation des besoins des grands groupes de logistiques (Amazon, Carrefour) en matière de contrats intérim CDI. En parallèle, elle crée en 2016 Troops, logiciel qui digitalise les process RH à destination des contrats CDD, interim et freelance.

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