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[La question] Tout est-il plus facile avec un emoji ?

Publié par Alexandre des Isnards le | Mis à jour le

Difficile parfois de traduire correctement ses pensées ou ses réactions à l'écrit. Un petit emoji permet d'éteindre l'incendie ou d'écarter tout quiproquo. Faut-il pour autant en abuser ?

Vous à Martin : (smiley goutte de sueur) " Les équipes CRM ont oublié de désactiver la page satellite. "

Martin à vous : (smiley tête qui explose)

Vous n'avez pas le décodeur de ce smiley-là.

Martin est-il fâché, exaspéré ? Ou bien partisan d'en rire ? Vous ne captez ni l'image, ni l'esprit de cette petite tête qui semble fulminer. Vous n'osez pas demander de peur de passer pour un boomer. Du coup, vous avez peur qu'il se soit braqué. Bien s'entendre avec son dir'com, c'est important. Celui-là est crucial. Martin a fait décoller votre marque sur les réseaux sociaux. Son talent est demandé. Il faut le fidéliser.

Avant la Covid, c'était pourtant mal parti. Ce " cador du marketing social ", comme vous le vantait votre DRH, vous agaçait. Il parlait fort en open space, arrivait en retard en réunion et balançait des " Il est où mon effet waouh ? " à ses graphistes. Vous aviez du mal à lui afficher votre soutien sans rictus. Mais depuis que tout est en distanciel, c'est facile grâce aux emojis. Martin aime bien tchater. En one-to-one sur WhatsApp, un emoji sourire ne vous coûte rien. Sur son slack projet, vous intervenez aussi par emoji pour galvaniser son équipe. Une galère en perspective ? Emoji gouttes de sueur (compassion). Go de la phase 2 du projet ? Smiley bras musclé (encouragement). 10 000 abonnés sur Insta ? Smiley mains jointes (félicitations). Ce dernier, c'est votre fille qui vous l'a appris. Ces petites intentions distillées depuis le métro ou de votre bureau optimisent votre management distanciel.

Aujourd'hui, il ne s'agit plus de savoir si on peut communiquer par emojis au travail mais comment le faire. Leur chaleur ajoutée est devenue incontournable. Sur les plateformes collaboratives, un simple " OK " paraît sec. Avec un emoji, ça passe. Parfois, nous avons du mal à trouver nos mots, à savoir comment réagir.

Un smiley est un sentiment délivré rapidement.

Quand tout doit aller vite, ces raccourcis émotionnels sont très pratiques. Et le monde du travail aime ça. Sur LinkedIn depuis 2019, tout membre peut réagir aux posts par quatre émojis : j'aime (pouce levé), j'adore (coeur), je célèbre (applaudissements), je soutiens (main tendue avec un coeur), instructif ! (une ampoule). Tous nos post sont ainsi évalués avec la bienveillance corporate en vogue. Vous-mêmes choisissez soigneusement celle à qui vous décernez vos confettis virtuels. " Bravo Noémie ! (Yeux en forme d'étoiles) " car vous comptez lui présenter vos services.

Certes, le contraste entre la joie exprimée par l'emoji et l'émotion réellement ressentie peut gêner. Mais c'est justement la force des emojis qui transmettent du fun et de la tendresse sans avoir à le prouver. Et finalement ils ne sont pas moins sincères que nos " cordialement " à la fin des emails, ni moins attentionnés que nos " prenez soin de vous " automatiques. Les emojis comblent aussi les failles de nos échanges à distance en aidant les destinataires à bien interpréter nos intentions. La moitié de nos emojis seraient collés en fin de message pour donner les sous-titres de nos conversations à distance. Oh, nouveau message de Martin : " Je démissionne ! " (smiley rire aux larmes).

Alexandre des Isnards est auteur et storyteller. Il décrypte le monde du travail depuis la sortie de L'Open space m'a tuer en 2008. Avec son associé, Charles de Saint Remy, il fonde Winner Inc. en 2019, un studio de storytelling. Leur devise : "La transformation digitale par le sourire."

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