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Entrepreneur : la croissance, c'est aussi une affaire de personnalité

Publié par Delphine Collet et Thierry Puech le | Mis à jour le

Le profil type du dirigeant de PME n'existe pas. Pas plus que l'inventaire exhaustif des qualités assurant systématiquement son succès à la tête d'une entreprise. Mais si le gène de l'entrepreneur de croissance n'a pas encore été isolé, ni cloné, il existe cependant des morphologies communes...

«Théoricien et génial calculateur», c’est ainsi que Joseph Schumpeter, économiste autrichien du milieu du XXe siècle, connu pour ses théories sur la destruction créatrice et l’innovation, qualifie l’entrepreneur innovateur. Il lui attribue « la capacité de voir les choses d’une manière que l’expérience confirme ensuite, la capacité d’aller seul de l’avant, de ne pas sentir l’insécurité et la résistance comme des éléments contraires, d’agir sur autrui (avec) autorité et poids ». Capacités complétées par « une volonté de vainqueur ».

Cette conception d’un entrepreneur visionnaire, intrépide, leader charismatique, à la fois sportif dans l’âme et businessman averti, exprimée en 1913 dans la Théorie de l’évolution économique, a-t-elle résisté à l’épreuve du temps… et à ces mêmes évolutions économiques ?

L’entrepreneur de croissance : un athlète visionnaire et pugnace…

Jean-Marc Durand est parfaitement dans la lignée de l’illustre économiste. En effet, le directeur adjoint de l’exploitation d’Oséo, qui aide chaque année plus de 80 000 PME et ETI à trouver les financements nécessaires à leur création et à leur croissance, côtoie quotidiennement des chefs d’entreprise. Lui aussi file la métaphore sportive, voyant en eux « des coureurs plus aguerris que des marathoniens, avec un pouls qui bat plus lentement ».

Il décrit à son tour des hommes « qui réfléchissent vite, voient plus loin, anticipent  ». Et reconnaît à ces derniers une qualité supplémentaire : la capacité d’apprendre de leurs erreurs. En effet, selon l’expert, « ils savent se tromper et s’en remettre ».

Il est rejoint dans cette analyse par Patrice Noailles, vice-président de la commission Finances du Comité Richelieu (association française de PME innovantes) et fondateur de MemoPage.com : « Les Américains l’ont bien compris. L’entrepreneur innovateur est le modèle de la réussite sociale. Et si, dans son parcours, il lui arrive d’échouer, on lui dira : “C’est bien, maintenant tu sais ce que tu ne dois pas faire !” »

… intrépide, voire inconscient ?

Certains chercheurs ont assimilé, au cours de ces dernières années, les chefs d’entreprise à des pilotes qui doivent construire leur propre avion. Les chefs d’entreprise seraient-ils, comme Ces Merveilleux Fous volants dans leurs drôles de machines, de doux inconscients ou de furieux intrépides ? Vincent Gros, directeur du cabinet Deloitte pour la région Méditerranée, opte pour la seconde hypothèse. « Ces gens vivent des choses incroyables, souligne-t-il avec admiration. Courageux, opiniâtres, ils sont volontaires et prêts à sacrifier leur vie de famille, voire à se mettre en danger. »

Patrice Noailles (Comité Richelieu) nuance ce propos, les qualifiant plutôt de têtus, sans pour autant être entêtés. « Quand on est à la tête d’une entreprise, il faut savoir durer. Cela nécessite de l’énergie et de la constance », assure-t-il. Et de reconnaître qu’« il faut parfois un peu de flair, et aussi un peu de chance ».

Ou bien pragmatique et posé ?

L’Observatoire des PME d’Oséo publie chaque année un panorama des petites et moyennes entreprises. Dans sa version 2005, il se demandait si diriger une entreprise pouvait être considéré comme un métier. Le terme de “patron” renvoie une image désuète et paternaliste. Manager ? Mais les managers ne sont pas tous chefs d’entreprise. Entrepreneur, aventurier ? Mais pas seulement. Tout simplement chef d’entreprise, le “chef” étant celui qui est "à la tête”.

Quelle que soit la version retenue, chacune renvoie à des compétences nécessaires à la conduite d’une entreprise et, à travers elles, à des aptitudes s’apparentant à des gènes. Quant à Bruno Rousset, fondateur et président du groupe d’assurances April, il vient de lancer son blog Valeursdentrepreneurs.com. Il y brosse le portrait d’un homme (ou d’une femme) ayant la « capacité d’écouter, de reconnaître et faire émerger les talents autour de lui, de jouer les complémentarités, d’être cohérent entre son discours et ses actes ».

En définitive, le chef d’entreprise du futur n’est-il pas éternellement voué à être un EGM (entrepreneur génétiquement modifié), polymorphe et multicéphale ?…

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